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Tuesday, 15 November 2016

Plus loin avec lélectricité du camping car
















Cet article complète et approfondit mes articles :
  • les circuits électriques du camping car
  • Consommation électrique du camping car

Par ailleurs, il fait un peu de prospective.



Un peu de vocabulaire

Pour comprendre les unités de mesure, lire ici.
Un camping car fonctionne avec du courant continu (acronyme DC en Anglais), contrairement à la maison où on utilise du courant alternatif (acronyme AC en Anglais).

Passons en revue les différents boîtiers électroniques que l'on trouve dans un camping car ; le plus souvent : 1 boitier = 1 fonction, mais nous verrons que certains appareils peuvent regrouper plusieurs fonctions.


Coupleur/séparateur
Il reçoit le courant produit par l'alternateur qui peut varier selon les modèles entre 80 et 170 ampères (pour les campings car récents c'est entre 140 et 170A) ; la tension produite par l'alternateur pour des batteries 12 volts est de 14,4V.
Ce courant de pointe (CP) délivré par un alternateur permet de calculer le courant maximum (CM) qui peut être délivré en permanence sans endommager l'alternateur ; CM = CP/3 (un alternateur de CP=170A , pourra donc fournir un CM=56A).
Le courant produit est utilisé pour charger en priorité la batterie moteur, puis la batterie cellule et le frigo.

Comme pour tout boitier électronique, il y a une perte dûe à l'utilisation de l'électronique (entre 5 et 10% de la puissance selon la conception). 
Pour un coupleur séparateur, la perte est en général de 0,6V ; il en résulte qu'il ne peut délivrer en sortie que 14,4-0,6 = 13,8 volts.
Cette valeur est insuffisante pour charger une batterie de service à fond.
En effet, une batterie pour être chargée à fond, doit recevoir des pointes à 14,5V (voire plus selon sa technologie).

Le coupleur/séparateur est prévu pour une capacité maximum de batterie définie par le constructeur ; en général, sur les campings cars récents, le courant produit en pointe est d'environ 50A dont 15A pour le réfrigérateur et 20A pour les batteries.
On n'utilise donc pas tout le courant maximum CM fourni par l'alternateur.

Si ce courant est suffisant pour des batteries au plomb ou des batteries à décharge lente de 120 Ah, c'est insuffisant pour des batteries de contenance supérieure.

Les boitiers modernes embarquent de l'intelligence :
avec le produit d'Innovtech pour les batteries traditionnelles, et le produit VICTRON pour les batteries lithium.



Booster
C'est un éleveur de tension qui remonte en cas de besoin à 14,5V, la tension du courant produit par un producteur d'énergie : coupleur/séparateur, pile au méthanol etc...
Il est associé à un chargeur. Les chargeurs intelligents ont une fonction booster intégrée. Cette fonction est inutile pour une batterie lithium qui n'a pas besoin d'être chargée à 100% et dont la courbe de charge n'a que 2 états.


Régulateur
Il sert à charger directement une batterie à partir de panneaux solaires, sans passer par une centrale électrique intelligente la plupart du temps (car ces dernières sont prévues aujourd'hui pour des panneaux de 150w maxi).
Il assure 2 fonctions en gros : convertisseur et chargeur intelligent.
Retenez que 300 Watts de panneaux solaires, produisent 30A en pointe (avec du soleil et en été !).
Pour approfondir, lire mon article sur les régulateurs solaires.


Convertisseur de tension
Il existe 3 modèles distincts :
1-Courant continu vers alternatif (ou convertisseur DC/AC ou onduleur)
Dans nos camping car, il transforme le courant continu de la batterie 12V en 220V alternatif (comme à la maison).
ça sert à quoi ? par exemple à utiliser son rasoir électrique comme à la maison.
Il est vendu pour une puissance de sortie maximum exprimée en watts.
Ainsi si vous branchez un sèche cheveux de 1000W sur un convertisseur de 600W, ce dernier va griller.

On le retrouve aussi dans les installations solaires de l'habitat isolé ; le 12 volts pouvant être remplacé par du 24 ou du 48V.

2-Courant alternatif vers continu (ou convertisseur AC/DC ou redresseur)
Dans nos camping car, il transforme le 220V extérieur en 12V pour recharger la batterie cellule, le frigo et souvent la batterie moteur.
Les bornes de camping car récentes fournissent un maximum de 16A répartis entre le fonctionnement du frigo trimixte et la recharge de la batterie de service.

3-Courant continu vers continu (ou convertisseur DC/DC)
Dans nos camping car, il transforme le 18V (environ) des panneaux solaires 12V (ou le 36V des panneaux 24V), en 12V pour recharger la batterie de service ; dans ce cas, il alimente un chargeur.
On peut aussi transformer facilement du 24V continu en 12V continu ou l'inverse.
Un exemple : un vélo électrique chargé en 18V continu (à partir du 220V), peut être chargé à partir du 12V avec ce type de convertisseur.


Chargeur de batterie
Il est responsable de la bonne recharge de la batterie, il doit donc être très intelligent pour que la batterie dure.
Pourquoi ? 
  • parce qu'il doit gérer chaque type de batterie : plomb, AGM, gel, lithium selon la courbe de charge idéale qui correspond à chaque type de batterie, et qui varie en fonction de la température autour de la batterie
    (la courbe de charge de la batterie lithium a 2 états, celle des autres types de batteries 6)
  • parce qu'il doit tenir compte du niveau de charge de la batterie

    Idéalement on doit pouvoir lui indiquer la capacité de la batterie pour déterminer le courant maximum de charge, mais on s'en passe le plus souvent en travaillant sur la tension mesurée aux bornes de la batterie qui permet d'évaluer son niveau de charge et en mettant un courant de charge entre 10 et 20A. C'est très bien pour  recharger une batterie Agm de 100Ah, mais très insuffisant pour un parc batterie de plus grande capacité.
    Si le chargeur est très intelligent, il intègre un booster en cas de besoin de tension plus élevée (c'est malheureusement rarement les cas pour les campings cars).

    Vous pouvez approfondir dans mon article : choisir et faire durer sa batterie cellule.



    La centrale électrique idéale :
    Une centrale électrique intelligente devrait :
    • gérer tous les producteurs de courant de charge de la batterie de service, et ce quel que soit leur origine
    • gérer tous les consommateurs de courant qui utilisent le courant de la batterie de service ; cette partie est généralement bien traitée dans nos campings cars
    Les producteurs de courants de charge peuvent être :
    • un alternateur ; dans ce cas on a le schéma d’enchaînement des fonctions suivant :
      alternateur -->coupleur/séparateur-->chargeur/booster
      sachant que le courant maximum est limité par le dimensionnement du coupleur/séparateur 
    • une borne 220Vdans ce cas on a le schéma d’enchaînement des fonctions suivant :
      borne 220V-->disjoncteur différentiel-->convertisseur AC/DC-->chargeur
      avec un courant rarement au dessus de 10A, et au plus à 16A
    • des panneaux solaires ; dans ce cas on a le schéma d’enchaînement des fonctions suivant :
      panneaux solaires-->régulateur 
    • un autre générateur de courant continudans ce cas on a le schéma d’enchaînement des fonctions suivant :
      générateur-->chargeur/booster
      dans la pratique, cette fonction est malheureusement absente et il faut faire un branchement direct sur la batterie de service



    Dans la pratique

    Tout camping car de moins de 15 ans dispose d'une centrale électronique, mais pas si intelligente pour la gestion des producteurs de courants de charge.
    Les constructeurs ne jugent pas utile de fournir un plan électrique fonctionnel de leur installation avec la livraison de leurs campings cars (et en Français SVP !). 
    C'est très dommage car pour réparer ou faire évoluer une installation, ce n'est pas toujours simple.

    Le site campingcar-bricoloisirs.net nous donne quelques pistes grâce aux efforts des propriétaires.

    Les camping car entre 2000 et 2008
    Mon camping car, un intégral hymer de 2005, dispose d'une installation électrique de qualité (pour l'époque) qui délivre en roulant à la batterie un maximum de 15A en pointe.
    A l'époque les camping car Hymer étaient livrés avec une batterie de 110 Ah.
    On pouvait ajouter un panneau solaire de 100W maxi, un fusible de 10A est donc prévu à cet effet. 
    C'est insuffisant pour mes 300W de panneaux solaires qui nécessitent un régulateur MPPT ; j'ai donc fait un branchement direct sur la batterie de service en passant par le régulateur.
    C'est aussi insuffisant pour charger rapidement un parc de batteries de 200 Ah en technologie AGM ou lithium qui peut supporter respectivement des courants de charge en pointe de 50A et 100A.
    Ces spécifications sont NON EVOLUTIVES.

    Le chargeur n'est pas épaulé par un booster.
    La centrale gère 2 types de batteries : plomb et gel ; pour les batteries AGM, on peut choisir l'un des 2 types ; j'ai choisi GEL (courbe de charge plus proche). 



    Les campings cars après 2008
    Leur installation électrique a peu évolué.
    La batterie est chargée en roulant avec un courant de pointe de 20A au lieu de 15.
    Voyez la section du fil qui arrive à votre batterie : du 6 mm2 permet sur 2m de transporter 30A maxi.
    Le chargeur n'a toujours pas de booster associé.
    La centrale ne supporte toujours pas 300W solaire, ou un générateur de courant continu externe (ou s'il y en a un, le courant arrivant à la batterie n'est pas plus fort).
    Mais surtout les batteries sont toujours, en moyenne de 120Ah, ce qui est insuffisant pour faire du camping car dans des conditions confortables. C'est prévu pour un utilisateur qui va très souvent au camping recharger sa batterie.




    Dans le futur

    Les camions ont de l'électricité en 24V et on trouve toutes sortes d'appareils fonctionnant avec cette tension : alternateur, frigo, congélateur, TV...
    Par ailleurs, aujourd'hui pour les futures voitures électriques, tous les constructeurs planchent sur des installations en 48V.

    J'en déduis que dès aujourd'hui la batterie de service de nos campings cars peut être en 24V.
    A capacité égale un parc de batteries 12V ou 24V pèse le même poids et a un même encombrement pour une même technologie ; mais en 24V, pour le transport du même courant qu'en 12V, la section des fils électriques peut être divisée par 2 ; ou a section égale, la longueur du câble de transport peut être multipliée par 2.

    Exemple : pour transporter du 30A sur 4 mètres en installation 12V, vous prenez des fils de 8 mm2 , mais des fils de 4 mm2 en 24V. En 24V, en utilisant la même section que pour le 12V, et à intensité égale, vous pouvez aller non plus à 4m, mais à 8m.

    En 48 volts le chiffre 2 devient 4 (par rapport au 12V) ! et je pense que d'ici 10 ans on y sera.
    On voit donc que dans ce cas, on peut faire des installations avec des courants forts et des sections de fil modestes.
    Cela permet par exemple d'utiliser facilement un micro ondes sur la batterie de service, ou de recharger rapidement une batterie lithium.

    N'oubliez pas aussi que les prix des batteries lithium vont chuter d'ici 2020.
    Par ailleurs, une nouvelle technologie pointe son nez : le super condensateur ; elle semble bien placée pour l'avenir de la voiture électrique sur de courts trajets.

    Dans l'immédiat pour les gros parcs de batterie, le top est la technologie lithium qui a capacité égale pèse 2 fois moins lourd que toutes les autres, avec un volume 2 fois moindre ; mais attention cela nécessite un système de gestion de batterie de haut niveau (acronyme = BMS en Anglais).

    Un exemple : un parc de batteries AGM de 200Ah pèse 75 kg environ, alors que son équivalent lithium pèse 37 kg. Imaginez un parc de 800Ah !
    Le lithium est actuellement la meilleure technologie pour les batteries.

    Mes souhaits
    Je fais appel aux différents acteurs concernés, pour réfléchir à une solution camping car évolutive permettant de délivrer 50A en pointe :
    • en tenant compte de tous les types de batteries (dont lithium)
    • en choisissant le courant de pointe à envoyer à la batterie
    • avec un alternateur de 170A mini qui permette d'utiliser 50A en roulant
    • en intégrant un chargeur/booster intelligent et unique
    • en intégrant une sonde de température reliant la centrale à la batterie de service (c'est important)
    • en intégrant un régulateur solaire de 50A (pour 500W maxi de panneaux solaires)
    • on peut même ajouter une entrée pour les autres générateurs de courant (pile au méthanol, groupe électrogène résident...)

    Cela permettrait aux nombreux énergivores avec des parcs de batteries 200 Ah et plus, de mieux faire vieillir les batteries et donc de prolonger leur durée de vie.
    Cela évitera aussi de bricoler en ajoutant d'autres chargeurs plus ou moins intelligents qui menacent la durée de vie des batteries.

    Pour les circuits consommateurs, merci d'intégrer aussi le frigo à compression (donc tout électrique) qui seul fait du froid par 40 °C dehors. Il suffit d'ajouter un commutateur électronique et un interrupteur marche/arrêt pour la fonction charge à partir de la batterie de service.
    On pourrait l'utiliser aussi pour les autres types de frigo lors des traversées en ferry pendant lesquelles l'usage du gaz est interdit, et on n'a pas toujours droit à une prise 220V.

    J'ai fait un petit schéma fonctionnel pour illustrer mes souhaits pour la gestion des producteurs de courant :
































    En attendant qu'une telle solution existe un jour, vous pouvez la mettre en oeuvre à partir de  150 Ah de batterie soit :
    • en achetant un chargeur/booster intégré Redarc de 40A (attention votre alternateur doit faire au moins 120A) ; il ne lui manque que le convertisseur AC/DC qu'on peut facilement ajouter en externe. Le courant non utilisé par la batterie de service n'est pas récupérable. Il existe un chargeur spécifique pour le Lithium.
      Une alternative : le même type de produit de la société NDS (mais dont le régulateur solaire est limité en intensité)
    • en achetant des composants Mastervolt ou Victron, mais c'est une solution plus complexe à mettre en oeuvre (car non intégrée) et plus chère.
    Pour les batteries lithium les solutions sont dans mon article : faut-il acheter des batteries lithium ?




    Lire mes autres articles

    Pour approfondir :
    • Consommation électrique quotidienne d'un camping car
    • choisir et faire durer sa batterie cellule
    • recharger une batterie cellule vite et bien
    • TOUT sur les batteries cellules en parallèle
    • Déterminer la section des fils électriques
    • faut-il acheter des panneaux solaires ?
    • produire son électricité
    • comprendre les circuits électriques du camping car
    • faut-il acheter des batteries Lithium ? 


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      Friday, 9 September 2016

      Attendez vous à en entendre parler louverture du capital dAramco


      Il y a un peu moins d'un mois, le prince Mohammed ben Salmane annonçait que l'Arabie Saoudite envisage de privatiser Saudi Aramco, la compagnie pétrolière du royaume.
      Cette nouvelle est passée relativement inaperçue en dehors de quelques cercles spécialisés, et pourtant...

      Les géants du pétrole ne sont pas ceux que vous croyez


      Vous n'êtes peut-être pas familier avec ce nom : pour le grand public, le pétrole évoque des entreprises comme Exxon, Total, BP ou Shell... Mais malgré leur poids économique (Total est la première capitalisation du CAC40, Exxon a un chiffre d'affaire équivalent au PIB de la Colombie...), les majors occidentales sont loin de dominer le marché des hydrocarbures : elles font pratiquement figure de PME familiale comparées aux compagnies pétrolières nationales. Crées pour la plupart dans les années 70, ces entreprises publiques sont parvenues à repousser les grands pétroliers des pays développés vers des gisements marginaux et généralement peu rentables. Aujourd'hui, les CPN contrôlent les 3/4 de la production mondiale de pétrole et 90% des réserves, les ordres de grandeurs sont les mêmes pour le gaz.
      Leurs noms ? NIOC en Iran, Qatar Petroleum, PDVSA au Venezuela, Sonatrach en Algérie, Rosneft en Russie...Et, bien sur, Saudi Aramco, la plus grande de toutes.

      La gestion d'Aramco est opaque mais ce qu'on en sait défie les superlatifs : à elle seule elle produit un huitième du pétrole mondial (2.5 fois plus qu'Exxon) et possèderait 15% des réserves (10 fois plus qu'Exxon).
      Aramco n'est pas cotée, impossible donc de lui donner une valeur mais ceux qui s'y risquent tablent en général sur plusieurs milliers de milliards de dollars, soit une demi-douzaine de Google ou d'Apple.
      Privatisation du capital de la CPN saoudienne Aramco, quelles conséquences ?

      De quoi Saudi Aramco est-il le nom ?


      L'histoire d'Aramco épouse l'histoire du pétrole. C'est d'abord celle de pétroliers américains exclus de Mésopotamie par le Traité de San Remo et qui s'en vont prospecter plus loin. En 1933, une des compagnies issues du démantèlement de l'empire de Rockefeller, la Standard Oil of California obtient une concession en Arabie Saoudite. Pour l'exploiter, elle crée une filiale qui prendra dix ans plus tard le nom d'Arabian-American Oil company, ou Aramco. En 1938, après cinq années de prospection infructueuse, le pétrole jaillit finalement à Dhahran.

      Le 14 février 1945, le roi Ibn Saoud rencontre Roosevelt à bord du croiseur Quincy. Le président américain garantie la sécurité de la dynastie saoudienne qui s'engage en échange à approvisionner les États-Unis en énergie. Aramco hérite au passage d'un monopole de 60 ans sur les hydrocarbures saoudiens.
      L'entreprise devient le carrefour des majors américaines : en plus de la Standard Oil of California (futur Chevron), Texaco a pris une participation dès 1936, suivie en 1948 de la Standard Oil of New Jersey (qui deviendra Exxon) et de Socony Vacuum (Mobil).

      Mais les rapports de force commencent déjà à changer : en 1950, les Saouds menacent de nationaliser Aramco, le projet est abandonné contre une augmentation de leurs royalties et le transfert du siège de la compagnie de New York à Dharhan.
      En 1973, le gouvernement saoudien repart à l'assaut en achetant progressivement des parts d'Aramco. La prise de contrôle est achevée en 1980, Aramco qui était encore immatriculée dans le Delaware devient une entreprise 100% publique de droit saoudien.
      Cette nationalisation diffèrent de celles qui avaient lieu au même moment dans d'autres pays de l'OPEP. Aramco passe sous pavillon saoudien mais conserve sa culture d'entreprise : la langue de travail y est toujours l'anglais, les postes clés restent ouverts aux étrangers, un certain libéralisme règne même dans ses installations... qui sont, par exemple, le seul endroit dans le royaume où on peut voir une femme conduire. Résultat : l'entreprise se distingue des autres compagnies nationales et du reste de l'administration saoudienne par son efficacité et une relative absence de corruption.


      La portée d'une privatisation d'Aramco


      Il n’empêche qu'Aramco est géré de façon extrêmement opaque. Elle fournit la grande majorité du budget du royaume mais ne publie pas de résultats. Beaucoup d'incertitude existent aussi sur l'état réel de ses réserves.
      Et c'est là que le bât blesse : pour convaincre les investisseurs, l'entreprise devrait se livrer à un exercice de transparence sans précédent depuis sa nationalisation. Pas sur que les saoudiens soient près à livrer les clés de cet État dans l’État...

      Beaucoup d'hypothèses circulent en ce moment sur l'intention des saoudiens, les actifs qui pourraient être mis en bourse ou même la faisabilité de l'opération. Une chose est certaine : si elle a lieu, l'ouverture du capital d'Aramco marquerait une rupture avec la géoéconomie du pétrole héritée de du XXe siècle.
      Pour renflouer leurs budgets entamés par la baisse des cours du pétrole, pour introduire une dose bien nécessaire de transparence et de bonne gestion, voire pour convertir en cash des champs de pétrole dont la valeur n'est plus si certaine, d'autres pays producteurs pourraient se mettre (ou se remettre) à réflechir. PEMEX, la compagnie nationale mexicaine, attend toujours son entrée en bourse votée en 2013, le secteur pétrolier iranien s'ouvre lui aussi au privé, la privatisation de Petrobras au Brésil a refait parler d'elle fin de 2015...

      Il est encore difficile de dire exactement quoi, mais il semble bien qu'il se passe quelque chose dans le monde du pétrole.


      Publié le 8 février 2016 par Thibault Laconde

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      Sunday, 4 September 2016

      Pourquoi le prix du pétrole baisse Une tentative dexplication garantie 100 hétérodoxe


      Baisse du prix du pétrole et "peak demand", une tentative d'explication
      Même si vous ne vous intéréssez pas particulièrement à la question, vous savez probablement que le prix du pétrole s'est effondré depuis mi-2014. Partis au-dessus de 115$ le baril, les indices de référence (Brent et WTI) sont passés sous les 30$ mi-janvier.
      Derrière cette baisse, comme on pouvait s'y attendre, on trouve une offre supérieure à la demande : en 2015, la production de brut a été excédentaire de plus de 650 millions de barils.

      Pour expliquer cette situation, la plupart des analystes pointent du doigt l'Arabie Saoudite en expliquant qu'elle entretient volontairement la surproduction afin de faire baisser les prix et de mettre en faillite les nouveaux producteurs d'hydrocarbure qui ont émergés depuis quelques années, en particulier ceux qui exploitent les huiles de schiste aux États-Unis.

      Cette explication ne m'a jamais paru très convaincante et j'aimerais vous en proposer une autre, qui diffère assez peu dans le fond mais radicalement quant à ses implications.


      Pourquoi la thèse du dumping saoudien contre les "oilmen" américains ne tient pas


      Le rôle de l'Arabie Saoudite est incontestable. Il est, par exemple, apparu clairement lors de la dernière réunion de l'OPEP en novembre où les pays qui voulaient réduire la production se sont heurtés à son opposition. Ce qui reste mystérieux, c'est la motivation des saoudiens alors qu'eux-même souffrent de la baisse des cours.

      Selon l'explication la plus fréquente, l'Arabie Saoudite tenterait tout simplement de pousser ses concurrents américains à la faillite. Cette thèse est en apparence plausible.
      Il y a un précédent : L'OPEP avait tenté (sans succès) une manœuvre de ce type contre les gisements de Mer du Nord dans les années 80. Il y a un mobile : plomber les hydrocarbures non-conventionnels qui ont permis aux États-Unis a rattraper la production pétrolière de l'Arabie Saoudite en 2013.
      Et de fait, les producteurs américains, dont les coûts sont élevés, ne sont pas viables économiquement avec un pétrole à 30$. Une quarantaine d'entreprises du secteur ont fait faillite l'année dernière, elles seront sans doute beaucoup plus nombreuses en 2016.

      Mais si les saoudiens tentent réellement une opération de dumping pour gagner des parts de marchés au détriment des producteurs américains, leur plan ne tient pas la route.
      En effet, l'exploitation des gaz et pétrole de schiste est beaucoup plus souple que celle des autres hydrocarbures : l'extraction est relativement simple techniquement, elle est peu intensive en capital et, comme vous pouvez pratiquement commencer dans votre garage (aux États-Unis, 54% du pétrole est produit par des entreprises qui font moins de 5 millions de chiffre d'affaire), une faillite n'affecte pas irréversiblement la production.
      Ce sont ces caractéristiques qui expliquent que la production ait progressé aussi rapidement dans les dernières années. De la même façon, même si la production d'hydrocarbures de schiste s'effondrait, elle pourrait sans doute revenir au niveau actuel en deux à trois ans au premier signe de retournement du marché.

      En fait, la baisse des cours risque de nuire plus durablement à l'off-shore profond, aux sables bitumineux et même à la production conventionnelle car ces filières nécessitent beaucoup plus d'investissements et des périodes de développement longues. Les projets qui sont abandonnés parce qu'ils ne sont pas rentables avec un pétrole à 30$ pourront difficilement redémarrer avant la prochaine décennie quelle que soit l'évolution des prix.

      En bref, les oilmen souffrent mais la production américaine de pétrole, elle, pourrait sortir renforcée de cette crise. J'ai du mal à croire que l'attitude de l'Arabie Saoudite puisse s'expliquer par un paris aussi incertain.
      Alors essayons autre chose...


      Et s'il s'agissait d'une réaction rationnelle à l'anticipation d'un pic de demande ?


      Imaginons un instant que la demande mondiale de pétrole soit actuellement proche d'un pic après lequel elle va décroitre pour devenir pratiquement nulle à la moitié du siècle. Cette perspective n'est pas que pure fantaisie, c'est celle que les pays réunis à Paris pour la COP21 ont tracé.
      Dans ce cas, ouvrir grand les vannes est la stratégie la plus rationnelle pour un producteur qui possède d'importantes réserves avec des coûts d'exploitation parmi les plus faibles du monde : en vendant aujourd'hui il est assuré de réaliser un bénéfice (puisque ses concurrents ont des coûts plus élevés) alors qu'en conservant ses réserves il risquerait de les voir perdre toute valeur à mesure que la demande baisse. Ce comportement n'a rien d'exceptionnel : lorsqu'une bulle s'apprête à éclater (en l’occurrence le pendant étatique de la "bulle du carbone"), le premier qui s'en aperçoit a tout intérêt à liquider son stock en douce le plus vite possible, même à des prix apparemment inférieur à sa valeur réelle.

      Est-il possible que l'Arabie Saoudite soit parvenue à cette conclusion ? Pourquoi pas, cela pourrait aussi expliquer le projet de privatisation de Saudi Aramco. Et après tout la position saoudienne a toujours été de dire que la demande de pétrole se tarirait avant la ressource : "l'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierre", n'est-ce pas...

      "La perspective d'un pic de demande change radicalement l'économie du pétrole."



      Allons un peu plus loin : selon l'évaluation désormais bien connue de Carbon Tracker, 80% des ressources fossiles doivent rester sous terre si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 2°C. C'est-à-dire qu'avec 16% des réserves prouvées de pétrole et 13% de part de marché, l'Arabie Saoudite n'a aucune chance d'exploiter complétement ses ressources.  En d'autres termes, pour les saoudiens, tout se passe comme si leurs réserves étaient désormais infinies : le pétrole n'est plus une ressource épuisable.
      Cela change radicalement le "juste prix" de cette ressource : si une richesse naturelle est non-renouvelable, l'exploiter constitue un arbitrage délicat entre un bénéfice immédiat et un bénéfice futur a priori plus important, mais si elle peut être considérée comme inépuisable alors vous avez intérêt à l'exploiter à pleine capacité dès que le prix du marché vous permet de couvrir vos coûts.
      Pour le dire de façon un peu plus savante : le marché du pétrole redevient ricardien avec une rente différentielle et un prix qui s'aligne sur le coût marginal de production.


      Le baril sous les 40$ pour longtemps...


      Cette interprétation au fond ne change pas grand chose à la compréhension de la situation actuelle - une baisse des cours entretenue par les saoudiens pour préserver leurs intérêts avec pour premières victimes les producteurs américains.
      Par contre, le scénario qu'elle dessine pour la suite est bien différent.

      Sur l'évolution des prix du pétrole

      • Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de gagner des parts de marché en détruisant les producteurs d'hydrocarbures non-conventionnels, le cours du pétrole est appelé à remonter assez rapidement. Soit parce que les saoudiens auront atteint leur but et seront libres de rentabiliser leur opération de dumping par des prix plus élevés, soit parce qu'ils auront accepté leur échec et que le marché reviendra à son état précédent.
      • Mais si l'objectif est de tirer le maximum de leur rente différentielle dans une perspective d'épuisement de la demande, alors le prix pétrole devrait converger à moyen-terme vers son coût marginal de production (probablement en dessous de 40$) et, d'ici-là, rester bas voire continuer à baisser jusqu'à ce que la production se soit ajustée.

      Sur la stratégie à adopter par les producteurs

      • Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de pousser le maximum de producteurs de pétrole de schiste à la faillite, ceux-ci ont tout intérêt à poursuivre leur activité aussi longtemps que possible parce que les survivants peuvent espérer redevenir rentables d'ici quelques mois à la faveur d'une remontée des cours et de la disparition de nombre de leurs concurrents.
      • Mais si l'attitude saoudienne est motivée par une baisse de la demande, alors les hydrocarbures les plus couteux à produire ne sont définitivement plus viables économiquement. La production va baisser là où elle est la moins rentable (États-Unis, Canada, Brésil et Europe) et  progresser dans les pays où les coûts sont les plus faibles (Moyen Orient, Russie et dans une moindre mesure Afrique, Amérique du Sud et Asie). S'obstiner à produire à perte ne fera que pousser le prix du pétrole encore plus loin à la baisse et rendre l'explosion de la bulle plus douloureuse pour l'ensemble de l'économie.

      Sur la stratégie à adopter par les gouvernements

      •  S'il s'agit d'une opération de dumping, on peut s'attendre à ce que les gouvernements soutiennent leurs producteurs. Les États-Unis qui ont levé en décembre l'interdiction d'exporter du pétrole pourraient, par exemple, être tenté d'inverser leur politique en imposant des restriction à l'importation.
      • Mais s'il s'agit d'un signe avant-coureur de l'adaptation de l'appareil productif mondial à la disparition des énergies fossiles alors il convient au contraire de faciliter et d'accompagner cette évolution.

      Voilà pour cette première réflexion... Certains passages mériteraient probablement d'être affinés ou mieux formalisés. Je vais y travailler dans les prochains jours.
      En attendant n'hésitez pas à me donner vos avis.


      Publié le 2 février 2015 par Thibault Laconde

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      Illustration : Martyn Gorman [CC-BY-SA-2.0] via Geograph
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      Saturday, 3 September 2016

      Transition énergétique leçons de la sortie du nucléaire en Allemagne



      L'Allemagne,  qui est comparable à la France par son histoire, sa culture, sa population et son niveau de développement, s'est engagée depuis une dizaine d'années dans une politique volontariste visant à augmenter fortement la part des énergies renouvelables au détriment du nucléaire dans son mix électrique.
      Quel a été le chemin suivi par nos voisins Allemands ? Et quelles leçons peut-on en tirer alors que la France s’apprête à se lancer dans sa propre transition énergétique ?

      Sommaire:
      1. Les étapes de la transition allemande
      2. Bilan en 2012
      3. Leçons pour la France
       

      Les étapes de la transition allemande : 3 périodes mais surtout une remarquable continuité


      A partir de la fin des années 1980, l'Allemagne affiche ses ambitions pour les énergies renouvelables. Dès 1991, les prix d'achat de l'électricité renouvelable sont garantis par la loi. Solarworld, Enercon, Repower, Nordex... les champions du secteur prennent leur envol dans les années 1990 soutenus par un solide réseau de PME.

      Le mouvement anti-nucléaire a été à l'origine du déclenchement
      de la transition énergétique allemande et de ses orientations
      Dans les années 2000, le gouvernement de Gehrard Schröder (coalition SPD-vert) annonce la "sortie du nucléaire". En réalité il s'agit de l'arrêt des construction de centrales auquel s'ajoute un accord avec RWE, Eon, EnBWE et Vattenfall, les 4 producteurs d'électricité nucléaire, pour fixer la durée de vie des réacteurs à 32 ans, ce qui conduit à la fin de la production en 2020. Cet accord donne une totale visibilité aux producteurs puisqu'il précise la quantité d'électricité qui peut être produite par chaque centrale avant sa fermeture.
      Cette politique ne fait pas consensus : elle est critiquée par les opposants au nucléaire qui y voient des garanties offertes aux exploitants sans réel engagement de leur part d'autant que l'accord ne concerne pas les stades amonts (recherche et enrichissement) et aval (retraitement).
      Plus grave : elle est attaquée par la droite qui promettait si elle avait remporté les élections de 2002 de "sortir de la sortie". En 2005, Angela Merkel est élue chancelière mais le SPD reste dans la coalition gouvernementale. Ce n'est qu'à partir de 2009, lorsqu'une nouvelle coalition CDU-FDP est formée, que la sortie du nucléaire peut réellement être remise en cause. En 2010, une loi prolonge d'une dizaine d'années la durée de vie des centrales existantes.

      Mais quelques mois plus tard, l'accident de Fukushima entraîne un revirement spectaculaire, le gouvernement d'Angela Merkel revient à une position comparable à celle défendue par la coalition SPD-Vert 10 ans plus tôt. Dès le 15 mars 2011, 4 jours après le séisme, la loi prolongeant la durée de vie des centrales est suspendue conduisant à l'arrêt de 7 réacteurs. Un "paquet énergie" de 11 lois est voté par le Bundestag en juin 2011 à une très large majorité, les principaux points de ces textes sont :
      • Arrêt définitif de la production d'électricité nucléaire en 2022. Les réacteurs à l'arrêt (7 concernés par le moratoire plus le réacteur de Krummel qui connaissait des pannes à répétition) ne seront pas remis en service, l'un d'eux est cependant maintenu opérationnel jusqu'en 2013 afin de pouvoir être redémarré en cas de besoin exceptionnel.
      • Réduction de la consommation d'électricité de 10% entre 2010 et 2020 et encouragement de l'efficacité énergétique (recherche, standards thermiques, crédit, étiquetage...).
      • Soutien massif aux énergies renouvelables afin de doubler la production et atteindre 35% de la production d'électricité en 2020 ans puis 80% (60% de la consommation totale d'énergie) en 2050 : installation de 25GW d'éolien off-shore avant 2030, soutien renforcé à l'éolien terrestre, développement des infrastructures de transmission mais réduction des aides au solaire photovoltaïque...
      • Construction de centrales à gaz et à charbon pour assurer la transition : 10GW supplémentaires en 2020 qui s'ajoutent aux projets déjà en cours (12.5GW environ). 
      • Confirmation des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre : -40% par rapport à 1990 en 2020, -80% en 2050.
      • Limitation de la hausse des prix de l'électricité à 0.035€ par kilowatt-heure et compensation des surcoûts pour les industries fortement consommatrices en énergie.
      Enfin, les investissement dans la recherche sont fortement relevés : Sur la période 2011-2014, 3.5 milliards d'euro seront consacrés à la recherche énergétique (+75% par rapport à la période précédente) dont 80% aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique.

      La transition énergétique allemande n'a donc pas commencé après Fukushima : elle s'étale sur une dizaine d'années pendant lesquelles, malgré quelques tentatives, les grandes orientations n'ont pas été remises en cause.

      Bilan 1 an après le paquet énergie : l'Allemagne tient la trajectoire


      Un an après l'adoption du du paquet énergie, le bilan est encourageant. Les craintes affichées des deux cotés du Rhin suite à l'arrêt précipité de 8 réacteurs représentant 8% de la production allemande ne se sont pas réalisées : l'Allemagne n'a pas connu de coupures d'électricité pendant l'hiver 2011-2012 et elle est restée exportatrice d'électricité en 2011.
      Les énergies renouvelables progressent vite : elles ont doublé le nucléaire et dépasseront 20% de la production cette année. L'objectif de 35% en 2020 semble largement accessible.

      Cependant les énergies fossiles restent majoritaires et leur part va augmenter au moins temporairement. En effet la progression des énergies renouvelables est insuffisante pour remplacer le parc nucléaire, qui produisait environ un quart de l'électricité allemande en 2010, dans le délai imparti. C'est pourquoi 23GW de centrales à charbon ou a gaz devraient être mis en service d'ici 2020. Plus de la moitié de ces nouvelles capacités étaient déjà en projet avant le paquet énergie et la meilleure efficacité des nouvelles unités limitera leur impact... Mais un risque demeure : si les efforts venaient à ralentir ou si des difficultés techniques apparaissaient (par exemple dans l'équilibrage du réseau), cette période transitoire pourrait se prolonger, conduisant l'Allemagne à un mix électrique durablement plus émetteur en CO2.

      Un autre point de préoccupation est le coût de la transition. Il est évalué à 250 milliards d'euros en 10 ans par la KfW, l'équivalent de la Caisse des dépôts, un chiffre difficilement exploitable sans une évaluation du coût des autres scénarios. Actuellement les ménages payent 0.036€/kWh au titre du soutien aux énergie renouvelables, c'est 3 fois plus qu'en 2009 mais le gouvernement allemand refuse une aide financière pour ne pas décourager les économies d'énergie.

      Leçons pour la transition énergétique française


      La transition énergétique française ne ressemblera certainement pas à celle de l'Allemagne. D'abord parce que celle-ci a porté essentiellement sur l'électricité alors que le grand débat national sur la transition énergétique qui aura lieu à l'automne devrait concerner toute les énergies. Ensuite parce qu'il est peu probable que la France se fixe comme objectif une sortie du nucléaire (le président Hollande ayant annoncé que la construction de l'EPR se Flamanville se continuerait).
      Cependant, il est possible de tirer des leçons utiles de l'expérience allemande :
      • Une évidence d'abord : l'exemple allemand est en train de démontrer la faisabilité technique et économique d'un abandon maîtrisé du nucléaire.
      • Cependant, il montre aussi qu'une transition énergétique est un processus long. La transition allemande n'a pas commencé après Fukushima : elle s'étale déjà sur une dizaine d'années et son accélération en 2011 explique certains de ses défauts (augmentation temporaire de la consommation d'énergie fossile, recours des exploitants de centrales...). Il ne suffit pas d'une loi pour changer d'ère...
      • D'autant que c'est un processus réversible et par conséquent il est indispensable qu'il s’appuie sur un large consensus politique afin d'être à l'abri des changements de majorité. De façon très concrète, la transition énergétique française ne pourra réussir que si l'UMP adhère aux moins à ses grandes lignes. Quelques soient les orientations qui seront fixées, elles auront besoin d'entreprises et d'investisseurs, peut-on espérer qu'ils s'engagent si un parti de gouvernement proclame qu'il fera faire demi-tour au pays en 2017 ?
      • Le coût de la transition et son financement posent problème. Le faire porter par le consommateur envoie un signal important pour l'adoption de comportement d'économie d'énergie mais aggrave la précarité énergétique.
      Enfin, il existe une différence importante entre la France et l'Allemagne. Lors de ses grandes lois sur l'énergie, en 2000 comme en 2011, l'Allemagne faisait partie des leaders mondiaux des technologies qu'elle adoptait. Ce n'est pas le cas de la France et c'est un défi supplémentaire : il faudra parvenir à concilier émergence de nouvelles filières et efficacité budgétaire ce qui plaide pour une logique d'apprentissage avec un effort important de R&D, à l'image finalement de ce qui avait été fait pour le nucléaire au début des années 70.


      Publié le 20 août 2012 par Thibault Laconde


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        Friday, 26 August 2016

        Entretien des batteries lutilisation du pèse acide



        Entretien des batteries (solaire, auto, moto...) : Utilisation d'un pèse-acideL'objectif de cet article est de vous expliquer comment utiliser un pèse-acide pour mesurer la concentration d'acide dans une batterie ouverte.

        En effet, à l'inverse des batteries étanches (de type gel, AGM ou OPzV), avec une batterie ouverte, il est possible d'accéder à l'électrolyte (le liquide contenu dans la batterie). Mesurer la concentration d'acide dans l'électrolyte peut aider à prolonger la durée de vie de la batterie, cela permet par exemple de :
        • Connaitre précisément l'état de charge de la batterie sans appareillage,
        • Dans un environnement chaud, vérifier que l'acide n'est pas trop concentré pour éviter une corrosion précoce,
        • Détecter des problèmes (notamment la sulfatation des électrodes) avant qu'ils ne mettent la batterie définitivement hors-service.

        Ouvrir une batterie : d'abord, se protéger


        L'électrolyte est constitué d'acide sulfurique concentré. Avant d'ouvrir la batterie, assurez-vous que vous êtes correctement protégé contre les projections d'acide : gants, lunettes, manches longues...

        N'ouvrez pas une batterie qui vient d'être rechargée (elle risque d'être très chaude) ou qui est en train d'être chargée (le liquide peut bouillir). Le pèse-acide ne donnera de toute façon une indication fiable que sur une batterie au repos. Il est donc préférable d'attendre 2h environ après une recharge avant de faire une mesure.

        Comment utiliser une pèse-acide ?


        Un  pèse-acide est constitué d'une pipette dans laquelle se trouve un flotteur lesté et gradué. On peut en acheter dans certains garages automobiles (ils peuvent aussi servir pour des batteries de voiture ou de camion).

        L'utilisation du pèse-acide est très simple, procédez de la façon suivante :
        1. Ouvrez les bouchons de la batterie,
        2. Plongez le tube du pèse-acide dans l'électrolyte et aspirez autant de liquide que possible dans la pipette
        3. Le niveau du liquide sur le flotteur gradué indique la concentration d'acide (par exemple si la surface se trouve sur la graduation 1180g/L, la densité de l’électrolyte est de 1180g/L) :
        Lecture de la concentration d'acide grâce au niveau de l'electrolyte.


        Comprendre la concentration en acide de l'électrolyte


        Dans le cadre d'un fonctionnement normal de la batterie, deux facteurs expliquent la concentration en acide dans la batterie : l'état de charge et la température. Les variations de la densité de l'électrolyte en fonction de ces deux paramètres dépendent de la batterie, néanmoins le tableaux suivant donne des ordres de grandeurs :

        Charge
        Densité de l'électrolyte (g/L)
        17°C
        27°C
        37°C
        47°C
        100%
        1260
        1255
        1250
        1245
        75%
        1220
        1215
        1210
        1205
        50%
        1185
        1180
        1175
        1170
        25%
        1160
        1155
        1150
        1145

        Il est intéressant de comparer les mesures obtenues avec le pèse-acide à celles données par un voltmètre ou un contrôleur de batterie. Si ces deux valeurs ne concordent pas, c'est qu'il y a un problème. Les explications peuvent être les suivantes :
        • Si la densité est plus forte qu'attendue (par exemple, le contrôleur de batterie indique que les batteries sont déchargées mais que la densité de l'électrolyte se trouve autour de 1250g/L), cela signifie sans doute qu'une partie de l'eau contenue dans l'électrolyte s'est évaporée, il faut contrôler les niveaux et les compléter avec de l'eau distillée si nécessaire.
        • Si la densité est plus faible qu'attendue (par exemple, le contrôleur de batterie indique que les batteries sont complétement chargée mais que la densité de l'électrolyte reste autour de 1200g/L), les explications peuvent être multiples. Il peut s'agir :
          • d'une stratification : l'acide est plus lourd et a tendance à se concentrer au fond des batteries. Vous pouvez effectuer une charge d'égalisation (c'est-à-dire une légère surcharge qui va faire bouillir, et donc mélanger, l'électrolyte) et recommencer la mesure.
          • d'un début de sulfatation : la réaction chimique de la batterie ne s'effectue plus entièrement. Ce phénomène n'est pas toujours réversible mais il peut parfois être résolu en effectuant une charge d'entretien. Il s'agit alors d'effectuer une recharge longue avec un courant de charge aussi faible que possible et une tension de charge plus élevée que la normale jusqu'à ce que la densité de l'électrolyte augmente jusqu'à une niveau normal (ce que vous vérifierez grâce au pèse-acide),
          • Enfin, il peut y avoir eu des fuites sur les batteries qui auront peu à peu perdu une partie de leur acide.
        Aller plus loin :
        • Revenir à la page consacrée aux systèmes de batteries
        • Revenir au sommaire "accès à l'énergie"

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        Thursday, 2 June 2016

        Avis dexpert Il ny a pas de contradiction entre la protection du climat et laccès universel à lénergie


        Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.

        > Cet entretien est extrait d'une étude sur les effets à long-terme de l'Accord de Paris, notamment sur l'économie et les choix technologiques. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.


        Les objectifs adoptés par la communauté internationale lors de la COP21 ne pourrons être atteint que pas une baisse rapide des émissions. Cette baisse implique notamment un usage plus économe de l'énergie. Mais il ne faut pas oublier qu'une partie importante de l'humanité n'a toujours pas accès à l'électricité et souffre régulièrement de pénuries d'énergie. Dans ce cas n'y a-t-il pas une contradiction entre la lutte contre le changement climatique et l'accès universel à l'énergie, qui fait aussi partie des objectifs de la communauté internationale ?
        J'ai posé la question à Clara Kayser-Bril. Clara est ingénieure et consultante, spécialiste de l'accès à l'énergie dans les pays en développement, elle est intervenue sur des projets dans une vingtaine de pays.



        Quelle est la situation actuelle en matière d'accès à l'énergie ?


        Aujourd’hui, 1.1 milliard de personnes n’ont toujours pas l’électricité et 2.9 milliards n’ont pas accès à des énergies propres et modernes pour cuisiner. C’est énorme, mais cela reflète une réalité très disparate. Sur le plan de l’électrification par exemple, certains pays ont fait d’importants progrès au cours des dernières années – l’Inde par exemple, où près de 80% de la population est maintenant électrifiée, ou encore le Rwanda où le taux d’accès est passé de 6% à 16% en cinq ans. Derrière ces chiffres, il y a des politiques publiques volontaristes qui ont permis d’étendre le réseau vers des zones plus reculées et de proposer des tarifs spécifiques pour les plus pauvres. Le soutien financier et technique des grands bailleurs de fonds internationaux a aussi joué un rôle.
        Dans le même temps, dans de nombreux autres pays et notamment en Afrique sub-saharienne, la situation a stagné et s’est même par endroit dégradée : mathématiquement, le taux d’accès recule lorsque les efforts d’électrification n’arrivent pas à suivre le rythme de la croissance démographique. Cette situation est souvent le reflet de graves problèmes de gouvernance : l’électricité se trouve de fait réservée à une petite élite urbaine tandis que les zones périurbaines et rurales sont laissées pour compte. Il faut également accepter le fait que l’électrification coûte cher, d’autant plus cher que l’habitat est dispersé et reculé. Les avancées technologiques récentes, dont le boom des kits solaires individuels est une belle illustration, permettent de réduire ce coût. Mais mettre l’électricité à la portée des plus pauvres requiert d’importants efforts financiers que nombre de pays ne sont pas en état de fournir.
        Le problème se pose différemment sur le plan des énergies de cuisson : alors que l’électrification d’un ménage rural revient typiquement à 500-1500 dollars, 50 dollars peuvent suffire pour améliorer nettement les conditions en cuisine. La diffusion des foyers et combustibles améliorés est cependant très lente, malgré d’importants efforts entrepris depuis plus de trente ans. C’est qu’il n’est pas aisé de changer ses habitudes en ce qui concerne la préparation des repas. Mais on constate aussi, trop souvent, que l’énergie de cuisson est la grande absente des politiques énergétiques : il est plus valorisant de s’attaquer à la construction de grandes infrastructures que de se lancer dans la résolution de ce problème diffus, éminemment domestique, et très majoritairement féminin.


        "L'accès universel à l'électricité, même la plus polluante, n'augmenterait les émissions mondiales de CO2 que de 0.2%."






        L'objectif d'une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre inscrit dans l'Accord de Paris est-il compatible avec l'accès à l'énergie pour tous ?


        L’accès universel à l’énergie ne signifie pas que 100% de l’humanité va subitement consommer autant d’énergie que les habitants des pays riches. Les personnes aujourd’hui privées d’accès appartiennent typiquement à des populations pauvres, aux moyens limités. Une famille rurale au Népal ou en Tanzanie, si elle est raccordée au réseau électrique, consommera de l’ordre de 300 à 500 kWh par an. Sur la base de cet ordre de grandeur, si les 1.1 milliards de personne qui en sont aujourd’hui privées bénéficiaient demain de l’électricité, quand bien même la totalité de cette électricité proviendrait de centrales au charbon (les plus polluantes), l’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre serait de +0,2%. Il n’y a donc aucune incompatibilité entre accès à l’énergie et réduction des émissions de gaz à effet de serre.


        "Il faut éviter le dogme de l'électrification 100% renouvelable et privilégier la complémentarité des sources."





        Quels sont les retours d’expérience en matière d'électrification bas-carbone ? Qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qu'il faut éviter ?


        Les pays en développement s’engagent de plus en plus sur la voie des énergies renouvelables. Souvent dotés de potentiels importants pour le photovoltaïque (Afrique sahélienne), l’hydroélectricité (Afrique équatoriale, Asie du Sud-Est), ou encore la géothermie (Afrique de l’Est, Philippines), ces pays pourraient ainsi bénéficier d’une énergie sûre, produite localement, et préservée des fluctuations des marchés internationaux.
        Mais il faut éviter le dogme du "tout renouvelable" pour les pays en développement. Construire de nouvelles capacités d’électricité  renouvelable est complexe et risqué. Il s’agit de projets très gourmands en capitaux, l’essentiel des coûts correspondant à la construction de la centrale avec peu de coûts d’exploitation ensuite. Or la capacité d’investissement des pays en développement est limitée : les budgets publics sont faibles, l’endettement déjà élevé. Dans des contextes souvent marqués par les incertitudes politiques, mobiliser les importantes sommes nécessaires à la construction d’une centrale hydroélectrique ou d’une ferme solaire est parfois "mission impossible". Par ailleurs, l’électricité renouvelable peut être intermittente (photovoltaïque, éolien) ou marquée par une forte saisonnalité (hydroélectricité, biomasse). Certains pays qui ont tout misé sur l’hydro se retrouvent en situation de crise énergétique en cas de sécheresse. Ceux qui en ont les moyens se tournent alors massivement vers les générateurs diesel individuels hautement polluants. Cette production thermique gagnerait à être centralisée pour en diminuer les émissions et les coûts.
        Il est illusoire, et contreproductif, d’attendre des pays en développement la mise en place de politiques d’électrification 100% verte. Il faut certes poser les bases de la croissance verte, mais en privilégiant les complémentarités entre différentes sources – comme le font depuis des décennies les pays industrialisés.


        "Au-delà de la production, l'utilisation rationnelle de l'énergie doit être une priorité dans les pays en développement."





        Selon vous, quelles technologies ou quelles méthodes ont le plus de chance de se développer dans le cadre de la mise en œuvre de l'Accord de Paris ?


        On parle beaucoup d’électricité renouvelable mais il ne faudrait pas oublier les questions d’efficacité énergétique et plus globalement, d’utilisation rationnelle de l’énergie. A quoi sert-il de produire une électricité 100% verte, si elle est immédiatement engloutie par des climatiseurs inefficaces qui tournent à plein régime dans des pièces mal isolées ? Les constructions modernes tout-béton qui poussent comme des champignons dans les pays en développement sont un véritable non-sens énergétique. A mon avis, les techniques qui devraient être le plus soutenues sont celles qui permettent de réduire d’entrée de jeu le besoin, à commencer par l’architecture – bioclimatique, matériaux traditionnels etc. Le chauffe-eau solaire, très répandu en Chine par exemple, est encore balbutiant en Afrique alors que c’est une solution abordable, robuste et efficace. Ce n’est pas de la high-tech, c’est sûrement moins sexy qu’une éolienne ou un panneau photovoltaïque, mais ça marche !
        Sur le plan de la production d’électricité, l’Accord de Paris va certainement permettre de poursuivre le soutien apporté à travers le monde à l’électrification décentralisée. Des technologies bien établies comme la petite hydroélectricité, d’autres en plein essor comme les hybrides photovoltaïque-diesel ou les gasifieurs biomasse de petite taille, devraient se développer.  A l’échelle domestique, les solutions photovoltaïques individuelles (lanternes, kits solaires) devraient poursuivre leur progression en bénéficiant d’un soutien plus marqué – couplé au développement des appareils très économes en énergie, comme les lampes à LED.


        Publié le 18 avril 2016 par Thibault Laconde




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