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Monday, 24 October 2016

Quel sera lévenement ou la tendance de 2015 dans le développement durable 5 blogueurs répondent


Que nous réserve 2015 ? RSE, protection de l'environnement, changement climatique... Quels sont les sujets qui feront l'actualité ? Dans le domaine du développement durable, cette nouvelle année est porteuse de beaucoup d'espoirs et de nombreuses craintes.

Pour comprendre ces enjeux, j'ai demandé à quatre blogueurs aux profils variés mais tous intéressés par les questions environnementale et sociales quelle sera selon eux l’événement ou la tendance qui marquera l'année 2015.
Je vous laisse découvrir leurs avis...



"Les entreprises nous aideront à moins consommer." - Responsabilité sociale



En ce début d'année 2015, je dois avouer qu'à défaut d'être sûr qu'elle sera déterminante, j'espère qu'une tendance forte sera celle de la prise de conscience grandissante par les entreprises de la raréfaction des ressources.

Cela paraît être une évidence, tant il est vrai que nous pouvons lire partout que les ressources de la planète sont de moins en moins disponibles, que les réserves s'épuisent. Si nombreux sont ceux qui ont conscience de ce phénomène, nombreux sont également ceux qui agissent comme si de rien n'était.
En 2014, le Jour du dépassement - Overshoot Day - qui marque dans une année la date théorique à laquelle l’humanité a consommé l’équivalent des ressources naturelles que peut produire la Terre en un an sans compromettre leur renouvellement, a eu lieu le 18 août. Ce qui signifie que nous avons vécu pratiquement 4 mois et demi "à crédit". Et ce sera pire en 2015, vraisemblablement 3 jours plus tôt.

Je suis persuadé que les entreprises ont un rôle clé à jouer, si elles intègrent ces considérations de raréfaction des ressources dans leur stratégie. Par exemple en orientant leur business model vers l'économie circulaire, l'économie collaborative ou encore l'économie de la fonctionnalité. Il est possible pour une entreprise d'influencer la façon de consommer de ses clients. Et faire consommer moins ne signifie pas nécessairement voir son bénéfice baisser. Il s'agit simplement de miser sur l'innovation pour proposer des produits de meilleure qualité, répondant de manière plus simple à nos besoins, accompagnés d'un service à la clientèle hors norme.
2015 pourrait être l'année où les entreprises nous aideront à moins consommer.


"L'arrivée de la Chine va bouleverser le jeu." - Chinoiseries



Deux fois plus peuplée que l'Union Européenne, la Chine est devenue en 2014 la première économie mondiale à parité de pouvoir d'achat en dépassant les États-Unis. C'est un mastodonte qui pèse lourdement dans toutes les questions environnementales - elle est devenue il y a déjà une dizaine d'année le premier émetteur de gaz à effet de serre tout en restant considérée comme un pays du Sud, donc sans obligations de réductions.
Pendant longtemps la position chinoise a été de faire passer le développement économique avant toute considération environnementale ou sociale. Cette position est-elle en train de changer ? Les chinois se montrent de moins en moins tolérant vis-à-vis des dégradations de leur environnement et leur économie semble entrer en transition : la croissance, folle depuis un quart de siècle, se calme, les industries low cost s'exilent vers le Viet-Nam ou le Bangladesh et le pays tente une montée en gamme qui peut se jouer aussi sur le plan de la durabilité.
Difficile de prévoir quelles seront les conséquences si la Chine décide de s'impliquer réellement dans la gouvernance mondiale de l'environnement, mais une chose est sure : son arrivée va bouleverser le jeu. Car ce sera l'entrée en scène d'un poids-lourd, mais surtout d'une nouvelle civilisation, dotée de sa propre manière de concevoir la place de l'homme dans le monde et ses relations avec la nature.



"L'année de tous les dangers, attention implosion !" - D'Dline 2020



Au chapitre Économie tout d’abord, aucune embellie en matière de croissance, bien au contraire, on parlera sans doute de déflation voire de décroissance. De surcroît 2015 pourrait bien être le théâtre d’une nouvelle crise financière comme le prédit Jacques Attali depuis mai 2014… « So, here we are ? »
Au chapitre Social l’atmosphère politique devrait être plus qu’atone après les cinglantes désillusions des français tout au long de 2014. Le Politique est en crise de sens et son pilotage plus qu’incertain : le chômage, lui, galope toujours et il pourrait bien gagner le tiercé du désengagement irréversible des français … « Attention, implosion ! »
Au chapitre Environnement seul le Climat devrait malheureusement réchauffer nos sueurs froides avec à la clé 2° de + sur Terre d’ici la fin du siècle… Notre sort est aujourd’hui plus qu’hier entre les mains des plus gros pollueurs de la Planète à savoir les États-Unis et ses toutes nouvelles richesses fossiles et la Chine, acculée dans son propre pays par une sidérante pollution… « Quand Géostratégie rimera-t-elle avec Compromis ? »
Bon, parce que vous êtes sûrement nombreux comme moi à avoir envie d’y croire, voici quelques notes d’espoir :
  • l’avenir de l’économie est dans le partage et l’ESS reste à construire !  
  • l’avenir de l’emploi est dans la débrouille : amateurs de DIY, l’avenir est à vous !
  • l’avenir du climat et de l’environnement se joue à Paris en 2015 : ce sera l’année des accords durables ! "De quoi passer l'année tranquille"

"Économiser, créer, recycler est devenu classe." - Eco-créateurs



Pour prédire un peu l'avenir, il faut déjà regarder dans le passé, l'évolution que nous menons et vers quoi nous tendons. Je ne pense pas que l'année 2015 sera tellement différente de 2014. J'ai d'ailleurs été bien déçue (entre autre) par les non-prises de décisions des gouvernements sur le réchauffement climatique et ça devient vraiment urgent. Mais on sait tous que pour avancer, il ne faut pas toujours compter sur les autres n'est-ce pas?

Cependant, de plus en plus de personnes s'investissent pour la cause environnementale et ça s'en ressent.
Je me souviens, gamine, les routes étaient pleines de détritus... Aujourd'hui il devient rare de voir une personne jeter quelque chose volontairement ou aux yeux de tous par terre. On sait que c'est mal et c'est devenu aussi mal-vu.
Tout le monde aujourd'hui connait les enjeux environnementaux et on sait tous qu'il faut que chacun apporte sa contribution tel un colibri dans une histoire africaine, et ce, grâce à internet. Il faut vraiment venir d'une autre planète pour ne pas être au courant !
Grâce à la crise également, les gens ont peu à peu délaissé la surconsommation, se sont entraidé, ont commencé à fabriquer les choses elles-mêmes... Et puis finalement, un ami leur a dit que c'était écolo, et vu que ça met notre conscience plus tranquille et que c'est très bien vu, finalement, économiser, créer, recycler est devenu classe. Ce que l'on aurait pu voir comme péjoratif il y a encore peu, est aujourd'hui devenu une mode.

La démocratisation des sites de partage comme le covoiturage, les amaps, les sites de deuxièmes mains et autre... Sont tous écolos et éconos, deux enjeux actuels qui se diffusent de plus en plus... font que je suis certaine qu'en 2015, il y aura encore beaucoup de sites, d'associations et de partages qui se créeront.
Seul l’État verra cela d'un mauvais œil (et les grosses industries) finalement, puisque les bénéfices reviennent au peuple et forcément moins à eux... Il va juste falloir donc faire attention à ne pas se faire tout prendre et taxer parce que ça arrive vite malheureusement.
En 2015, soyons simplement malin, soyons écolos, éconos, prêteurs, aidant son prochain en étant plus équitable et ne donnant plus toujours aux mêmes.


Et pour conclure rapidement sur mon propre avis...


Avec la COP21, 2015 verra une des toutes dernières chances d'endiguer le changement climatique avant que l'effet de serre entraine des effets ingérables. La probabilité d'un accord à la mesure de cet enjeu est faible mais quoiqu'il en soit je crois que cette année devrait être celle d'un sursaut : sursaut des Etats, peut-être, avec de réels engagements pour lutter contre les émissions de CO2 et contre leurs conséquences déjà perceptibles, mais plus probablement sursaut de la société civile.
Peut-être cette année réaliserons nous, contraints et forcés, que nos institutions ne peuvent pas seules défendre l’intérêt général. Dans le domaine environnemental, comme dans bien d'autres, nous ne pouvons pas déléguer tous nos problèmes à une autorité chargée de nous guider : c'est à nous de nous relever les défis et d'agir à notre niveau.


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Wednesday, 27 July 2016

Invité Changement climatique et hydroélectricité y aura t il de l’eau dans nos barrages en 2100


L’hydroélectricité représente plus des trois quarts de l’électricité renouvelable produite à travers le monde. Les avis divergent quant à la pertinence de cette technologie dans la lutte contre le changement climatique : certains considèrent que c’est une énergie propre qu’il faut encourager, d’autres, que ses impacts environnementaux représentent une menace supplémentaire pour le climat. Prenons pour une fois la question dans l’autre sens : qu’en est-il des impacts du changement climatique sur l’hydroélectricité ?


Des sécheresses préoccupantes


Qui dit hydro dit eau. La production électrique est étroitement liée aux précipitations et au débit des rivières ; toute variation climatique a des répercussions immédiates. Ainsi le Hoover Dam, un des emblèmes de l’hydroélectricité aux Etats Unis, construit sous l’égide de Roosevelt dans les années 1930, a vu sa capacité de production réduite de 2100MW à 1200MW en raison de la sécheresse qui frappe l’Ouest de ce pays. Non loin de là, l’état de Californie a vu la part de l’hydro baisser de 20% à 10% dans son mix électrique sous l’effet combiné d’une baisse des précipitations, d’un enneigement moindre et d’une fonte des glaces précoce. Ce sont alors d’autres sources d’énergie, notamment des centrales au gaz, qui viennent combler le déficit – augmentant au passage les coûts et les émissions de CO2.

Le réchauffement climatique et les sécheresses menacent-t-ils l'approvisionnement en électricité hydraulique ?
Les berges à nu d’un lac de barrage EDF, août 2015 (La Girotte, Savoie). Photo CKB

Si une sécheresse peut mettre en difficulté le système électrique des Etats-Unis, dans des pays plus vulnérables c’est le blackout. En Tanzanie l’hydro a pendant longtemps constitué la principale source d’électricité. La sécheresse qui s’installe depuis le début des années 2000 a des répercussions importantes sur la production électrique et par ricochet, sur la population et l’économie du pays. En 2011, au plus fort d’une crise énergétique qui a laissé les habitants dans le noir 12 à 16 heures par jour, le FMI a dû revoir à la baisse ses prévisions de croissances pour le PIB tanzanien. En effet, le pays ne disposait pas de capacités suffisantes pour prendre la relève des centrales hydroélectriques : la seule solution est alors de procéder au délestage, c’est-à-dire de couper purement et simplement le courant pour une partie des habitants. Face à l’incertitude de l’hydroélectricité, la Tanzanie fait à présent le choix de développer sa production thermique notamment à partir de gaz naturel. Une option plus chère, plus polluante, mais considérée comme plus fiable.


Stabilité globale, fluctuations locales


A en juger par ces exemples l’avenir de l’hydroélectricité pourrait sembler compromis. Qu’en est-il au niveau global ? D’abord, il faut comprendre que les variations observées en Californie ou en Tanzanie ne peuvent pas être attribuées avec certitude au changement climatique. On a toujours connu une alternance d’années plutôt sèches et d’autres, plutôt humides. Les climatologues mettent régulièrement en garde contre les interprétations hâtives : si au niveau global le réchauffement est indéniable, au niveau local il est difficile de discerner ce qui relève de la variabilité naturelle de ce que l’on peut imputer au changement climatique. Sur le long terme, d’après le GIEC, l’impact du changement climatique sur la production mondiale d’hydroélectricité pourrait s’avérer… légèrement positif ! Mais il s’agit là d’une moyenne globale recouvrant de fortes variations au niveau régional. Les projections faites par deux scientifiques norvégiens montrent par exemple que le Canada et la Russie verraient leur potentiel augmenter d’ici au milieu du 21e siècle tandis qu’il diminuerait en Europe de l’Ouest et en Afrique australe.

En fait, pour se faire une idée des évolutions, il faut travailler à petite échelle, au niveau du bassin versant d’un fleuve. En France, la Compagnie Nationale du Rhône exploite 18 aménagements hydroélectriques entre Genève et Arles. Directement exposée aux modifications du régime hydrologique du Rhône, elle a conduit une étude très locale sur les répercussions du changement climatique sur sa production d’énergie qui conclut à une baisse de 2% à 23% du productible à l’horizon 2050. Des études similaires ont été conduites à de plusieurs endroits du globe (citons celle-ci pour les Etats Unis, celle-là pour l’Afrique du Sud) mais les experts s’accordent à dire que le phénomène n’est pas suffisamment étudié. Or les barrages sont des investissements de long terme, qui se rentabilisent sur plusieurs dizaines d’années : mieux vaut donc avoir des projections fiables du climat futur. Et si les pays les plus avancés peuvent réaliser de telles études, requérant une modélisation fine des évolutions climatiques et des phénomènes hydrologiques pour chaque grand bassin versant, les pays les plus pauvres sont loin de disposer des moyens techniques et humains nécessaires.


De plus en plus d’incertitudes sur la disponibilité de l’eau


A cela s’ajoute une autre difficulté : la production hydroélectrique est très sensible aux phénomènes extrêmes. Une crue sévère qui endommage les installations, une sécheresse pendant laquelle la centrale produit peu, peuvent remettre en cause du tout au tout la rentabilité économique d’un projet. La fréquence de ces phénomènes pourrait s’accroître avec le changement climatique, mais il est très difficile de les prédire : cette incertitude représente un risque supplémentaire.

Ne pourrait-on pas stocker l’eau des crues et l’utiliser en période de sécheresse ? Certaines installations sont accolées de grands lacs de retenue qui peuvent stocker l’eau d’une saison à l’autre, parfois d’une année à l’autre. Cependant la majorité des centrales ne disposent que d’une capacité de stockage modeste, voire, d’aucune. On parle alors d’aménagement « au fil de l’eau », c’est le cas des barrages sur le Rhône cités plus haut. En effet tous les sites ne sont pas propices à la création de réservoirs importants. Il faut des conditions géologiques et topographiques favorables – sans parler du coût, et bien sûr des impacts sur l’environnement et la population. Et avec le réchauffement, les pertes par évaporation pourraient augmenter significativement. Heureusement s’il n’est pas envisageable de construire des réservoirs à tout va, d’autres solutions techniques existent : par exemple, le Hoover Dam a bénéficié d’un programme de rénovation de ses turbines pour fonctionner plus efficacement en période de basses eaux. D’une manière générale il est possible de concevoir des centrales hydroélectriques offrant un bon rendement sur une plage de débits plus large, limitant ainsi les conséquences des variations hydrologiques.

Mais cela ne résoudra pas un autre problème, et pas des moindres : celui de la gestion de l’eau. Aujourd’hui, une même rivière est utilisée pour produire de l’électricité, irriguer des champs, alimenter une ville en eau potable, refroidir une installation industrielle… Le tout encadré – théoriquement – par des lois et des règlements stricts qui fixent à l’avance les droits à l’eau de chacun. Demain, dans un contexte de raréfaction de la ressource, comment ce cadre évoluera-t-il ? L’hydroélectricité est remplaçable, l’eau potable ne l’est pas.

A court terme, les prémisses du changement climatique ne semblent pas constituer une menace pour la filière hydroélectrique. A en juger par le nombre de barrages en construction à travers le monde, la production d’hydroélectricité devrait continuer de croître dans les années qui viennent. Mais la situation de certains pays très dépendants de l’hydro risque d’empirer – je pense par exemple au Népal dont l’électricité est produite en quasi-totalité par des centrales au fil de l’eau et où chaque année les délestages augmentent en saison sèche. D’une manière générale le risque hydrologique, à savoir l’incertitude sur les débits futurs de la rivière, va peser de plus en plus lourd. Voire, à terme, détourner les investissements vers d’autres technologies jugées plus sûres ?

Publié le 15 octobre 2015 par Clara Kayser-Bril

Clara Kayser-Bril est ingénieur, spécialiste de l’accès à l’électricité dans les pays en développement. L’impact environnemental du système énergétique mondial est une problématique à laquelle elle s’intéresse particulièrement : peut-on concilier énergie pour tous et développement durable ?


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Sunday, 24 July 2016

Prendre en compte lenvironnement dans une organisation humanitaire pourquoi et comment


J'ai été invité aujourd'hui au Salon des Solidarités pour parler de la prise en compte de l'environnement dans l'humanitaire. Je vous propose ici, tel que j'ai pu le reconstituer, le verbatim de cette conférence.

J'interviens après deux ONG (le GERES et Bolivia Inti) qui placent la protection de l'environnement au cœur de leurs actions. Mais qu'en est-il pour une organisation comme Action contre la Faim dont le mandat ne fait pas explicitement référence à cette question ? Doit-elle aussi se préoccuper de son environnement ?
Vous vous en doutez, je vais essayer de vous convaincre que oui. J'expliquerai ensuite ce que signifie pour ACF "prendre en compte l'environnement" et quelques-unes des difficultés que cela soulève. Enfin je vous décrirai les grandes lignes de notre démarche de responsabilité sociale et environnementale.

Pourquoi  les humanitaires devraient-ils se préoccuper d'environnement ?


Il ne vous aura pas échappé que même étymologiquement, il y a une contradiction entre les termes "humanitaire" et "environnement". D'un coté "les personnes qui s'intéressent au bien de l'humanité, cherchent à améliorer la condition de l'homme" de l'autre "l'ensemble des éléments qui entourent notre espèce"... dire qu'un humanitaire se préoccupe d'environnement, ça ressemble beaucoup à une oxymore.
Je pense qu'il est bon de garder ce constat à l'esprit et d'assumer que, quoi qu'il arrive, le rôle des humanitaires est de préserver des vies humaines avant de préserver la nature.

Ceci dit, il existe tout de même de bonnes raisons pour que les humanitaires se préoccupent de leur environnement. J'en compte quatre :
  1. D'abord, c'est le plus évident, parce que nous y sommes obligés. Notre action est régie par de nombreuses règles : réglementations locales, droit international, exigences des bailleurs de fonds, "droit mou" constitué par nos chartes, nos principes humanitaires, nos codes de conduite... Dans chacune de ces catégories se trouvent des règles qui nous obligent à un minimum de considération pour notre environnement.
    On peut citer par exemple dans la première catégorie l'article 75 de la loi Grenelle 2 qui oblige les organisations de plus de 500 salariés à faire un bilan des émissions de gaz à effet de serre. Dans la seconde catégorie - les règles bailleurs - le critère d'évaluation "développement durable" utilisé par l'Agence Française de Développement. Et dans la troisième, le principe de "ne pas nuire" ou l'exigence de transparence de la charte d'ACF.
  2. La seconde raison, c'est la gestion des risques. Ne pas prendre en compte l'environnement expose votre organisation à des risques, par exemple des risques d'image, des risques financiers (amendes, remise en état...) ou des risques sanitaires et sociaux...
    Mais surtout ne pas prendre en compte l'environnement expose les populations qui vous entourent à de graves risques. On pourrait citer des dizaines d'exemples, je ne vais en rappeler qu'un - dont nous n'avons à mon avis pas encore pris toute la mesure : la crise du choléra en Haïti. Le rapport du groupe d'experts indépendants de l'ONU a établi que l'épidémie était vraisemblablement partie d'effluents d'un camps de la MINUSTAH rejetés dans un affluent de l'Artibonite. Au départ, on a bien un problème environnemental, assez bénin d'ailleurs : une mauvaise gestion des eaux usées. Et à l'arrivée, il y a près de 8.000 morts, c'est-à-dire en ordre de grandeur autant que la catastrophe de Bhopal, la pire catastrophe industrielle de l'histoire !
  3. La troisième raison est un peu plus positive : prendre en compte l'environnement permet d'améliorer l'efficacité de l'aide. D'abord, parce que lorsque vous réduisez vos émissions de polluants, vos consommations d'énergie ou de matières premières, lorsque vous faites la chasse aux gaspillages... vous réduisez votre empreinte environnementale mais vous devenez aussi une organisation plus sobre, qui sera capable de faire plus avec les mêmes moyens.

    Un groupe électrogène rencontré en mission : performance environnementales
    et économie de carburant garanties...
    Ensuite parce que l'efficacité d'une organisation humanitaire ne se juge pas seulement au nombre de vies sauvées. Dans les années 90, ACF avait un slogan que j'aime beaucoup : "sauver les vies menacées, protéger les vies sauvées". Et c'est vrai que si vous portez secours à une population et que vous leur laissez ensuite un environnement dévasté, incapable de satisfaire leurs besoins ou dangereux pour leur santé, vous avez manqué votre objectif, et de très loin. Vous êtes là pour sauver des vies, mais vous devez aussi, pour reprendre une expression d'André Briend, assurer "la qualité de la survie".
  4. Enfin, prendre en compte l'environnement permet d'améliorer l'utilité sociale de votre organisation. Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le bilan de votre organisation ne se juge pas seulement sur les effets de ses programmes. Votre fonctionnement aussi a des impacts sur la société et l'environnement. En les prenant en compte, par exemple en adoptant des pratiques d'achats responsables, vous allez créer ce que l'on appellerait dans le secteur marchand des externalités positives et ainsi améliorer le bilan global de votre organisation. A l'inverse évidemment, si vous négligez cette question, votre fonctionnement pourra avoir des impacts négatifs qui effaceront en partie les effets positifs de vos programmes.
En conclusion, ce que vous devez retenir si vous voulez convaincre au sein de vos propres organisations, c'est que les humanitaires ne protègent pas la nature pour protéger la nature mais parce que, à terme, cela leur permet de sauvegarder les conditions de vie et la santé des populations.

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Thursday, 17 March 2016

Responsabilité sociale et environnement dans lhumanitaire ACF publie ses engagements et son expérience


Une fois n'est pas coutume, cet article assume l'autopromotion... Voici un peu plus de trois ans que je travaille sur la responsabilité sociale et environnementale d'Action contre la Faim - il s'agit d'une des toutes premières démarches de ce type dans le secteur humanitaire et en tous cas de la première en France. Lorsqu'elle s'est ébauchée autour de 2010, l'organisation a choisi d'être prudente dans sa communication : il s'agissait d'améliorer réellement le fonctionnement d'ACF, pas de se repeindre en vert à bon compte.
Après plusieurs années de travail, nous avons aujourd'hui une démarche RSE solide et bien ancrée dans l'organisation. Notre expérience commence à intéresser d'autres organisations qui se lancent dans la réflexion et, parfois, l'action. Dans ce contexte, Action contre la Faim a enfin décidé de créer une page consacrée à la responsabilité sociale et à l'environnement dans l'humanitaire sur son site.

De nombreux documents vont y être publiés, y compris les engagements pris par ACF, des résultats d'études notamment de bilans carbones et des synthèses techniques et des retour d'expérience sur la mise en place concrète de projets.

N'hésitez pas à y jeter un coup d’œil pour comprendre pourquoi même une organisation humanitaire doit veiller à ses performances sociales et environnementales et surtout commente faire.
Et si vous souhaitez soutenir ce travail, vous pouvez le faire connaitre et le partager via les les réseaux sociaux.


 * * *

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Wednesday, 9 September 2015

COP21 Limiter le réchauffement à 1 5°C dans lAccord de Paris une fausse bonne idée


Depuis la conférence de Copenhague en 2009, la communauté internationale s'est fixé comme but de limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle. Les pays les plus exposés au changement climatique jugent depuis longtemps cet objectif insuffisant et demandent de ne pas dépasser 1.5°C.
Climat : l'objectif de 1.5°C, demandé par les pays vulnérables dans l'accord de Paris, est-il réaliste ?
Ce débat se retrouve à la COP21 dans l'article 2 du futur accord de Paris. A ce stade plusieurs options restent ouvertes :
  • L'objectif de Copenhague : "Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de  2 °C par rapport aux niveaux préindustriels",
  • La demande des pays vulnérables : "en dessous  de 1,5 °C",
  • Et une formulation intermédiaire : "bien en dessous de  2 °C" avec une mention de la limite de 1.5°C.
De nombreux pays on pris la parole mercredi 9 pour réclamer la formulation la plus ambitieuse, certains en font même une ligne rouge. Il y a donc une bonne chance que la communauté internationale se donne à Paris un objectif en dessous de 2°C. Mais est-ce réellement une bonne nouvelle ?

> Pour plus de détails, vous pouvez desormais consulter mon analyse du texte final de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques



1.5°C... promesse d'ivrogne


Compte-tenu des propositions des États, nous nous trouvons actuellement sur la trajectoire d'un réchauffement à 3°C environ. Limiter la hausse moyenne de la température à 2°C reste possible mais uniquement au prix d'efforts héroïques - et improbables (c'est pas moi qui le dit, c'est l'éditorial du numéro spécial de la revue Nature pour la COP21).

L'objectif de 1.5°C, lui, est largement hors d'atteinte. En effet, d'après le 5e rapport du GIEC (voir p. 64), pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 1.5°C, il faut que l'ensemble des émissions humaines ne dépassent pas 2250 milliards de tonnes équivalent-CO2 (GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis il ne nous restait plus en 2011 que 400GTeqCO2 à émettre... Au rythme actuel, nous dépasseront ce seuil autour de 2020.
Même en acceptant de n'avoir qu'une chance sur deux rester en dessous de 2°C, notre budget carbone ne serait que de 150GTeqCO2 de plus, soit un sursis de 3 ou 4 ans.

budget carbone pour différents objectifs de température (selon le 5e rapport du GIEC)
Budget carbone (GIEC AR5)
Le monde peut-il parvenir à une économie zéro-carbone avant 2025 ? A ma connaissance, personne ne l'envisage, aucune ONG ne fait campagne là-dessus, aucun scénario n'a été proposé, aucune technologie actuelle ou en développement ne suffit à atteindre cet objectif sans baisse brutale du niveau de vie...

La communauté internationale s'apprête donc à se donner un objectif qu'elle sait pertinemment ne pas pouvoir atteindre.


Un objectif qui risque d'affaiblir l'accord


J'entends parfaitement le désespoir croissant des pays qui subissent déjà les effets du changement climatique et les arguments humanitaires et éthiques en faveur de cet objectif, même inatteignable. Mais qu'il soit quand même permis de se demander ce qu'il implique pour le futur accord de Paris.

A ce sujet, j'ai au moins trois préoccupations :
  • Imaginons, comme cela semble le plus probable aujourd'hui, que l'accord fixe un objectif de 1.5°C et une révision des engagements nationaux en 2023 ou 2024. Cela signifie que cette première révision aura sans doute lieu alors que l'objectif fixé par l'accord sera déjà dépassé. Il me semble prévisible que ce calendrier légitimera un discours de laisser-faire : "de toute façon, c'est déjà trop tard, pourquoi devrions-nous faire plus d'efforts ?" Cela ne peux que nuire à l'ambition de la communauté internationale, voire entamer la portée juridique de l'accord qui sera partiellement obsolète au moment même où il doit supposé produire son effet.
  • Puisque l'objectif n'est pas atteignable par une réduction des émissions, il me semble aussi qu'il fait le lit d'idées dangereuses comme le dépassement temporaire ("overshoot") et d'hypothétiques solutions technologiques pour refroidir le climat. 
  • En cas de non-respect, l'accord de Paris pourrait servir de base à des actions en justice contre les États qui le ratifieront, soit de leurs citoyens (comme récemment aux Pays Bas ou au Pakistan) soit de pays-tiers. S'il contient un objectif irréaliste, cela ne va-t-il pas nuire au processus de ratifications ou inciter des pays à se retirer de l'accord pour éviter des poursuites ?

Les bons textes internationaux sont faits pour durer... Les difficiles négociations qui sont en cours autour de la différenciation montrent qu'une principe inattaquable au moment de son adoption peut, s'il n'est pas assez flexible, se changer quelques années plus tard en obstacle à l'action. N'est-on pas en train de refaire la même erreur en inscrivant un objectif de 1.5°C dans l'accord de Paris ?

Publié le 10 décembre 2015 par Thibault Laconde


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