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Saturday, 12 March 2016

Fiche de lecture Comment les économistes réchauffent la planète dAntonin Pottier


Au moment où on débat si âprement pour savoir si les économistes ont le droit de s'écarter de la doxa de leur discipline, voici un petit livre qui remet bien des idées en place. Non seulement il montre comment cette doxa nourrit le réchauffement climatique - un constat qui n'a rien de nouveau - mais il démonte les mécanismes qui rendent le discours économique si nocif.


Savoir économique et discours économique


Fiche de lecture : "Comment les économistes réchauffent la planète" d'Antonin Pottier
Dans Comment les économistes réchauffent la planète, Antonin Pottier nous explique que l'économie a deux faces. C'est à la fois une discipline universitaire appuyée sur des raisonnements mathématiques ou des expériences rigoureuses, ce qu'il appelle le "savoir économique", et une vision philosophique de l'homme et de la société, un "discours économique" qui ne s’inspire que vaguement de travaux scientifiques.

A titre d'exemple, lorsque le savoir économique affirme que le marché conduit toujours à une situation optimale, il entend marché au sens de Walras et optimum au sens de Pareto. On peut alors effectivement démontrer, comme l'ont fait Arrow et Debreu en 1954, que le marché est optimal mais ce résultat n'a que très peu de signification pratique tant les hypothèses sont restrictives et les modèles éloignés de la réalité. Il n'empêche que, sur la base de cette démonstration, le discours économique élève la perfection des marchés en vérité générale, incontournable pour comprendre le fonctionnement de la société ou prendre une décision politique.
Cette équivoque entre théorie et idéologie permet aux économistes de s'attribuer un rôle social considérable tout en pouvant s’abriter derrière leurs démonstrations formelles en cas de contestation.


Comment l'économie voit le changement climatique


Or si le savoir économique peut donner une image réaliste de la complexité du monde, c'est généralement à l'aune du discours économique et de ses vérités simplistes que les décideurs économiques et politiques agissent. Et des éléments centraux de ce discours poussent à l'inaction en matière de changement climatique.

C'est d'abord le cas de la perfection du marché. Cette croyance, au même titre que la croyance en une divinité protectrice, est incompatible avec la perspective de la catastrophe à venir et nourrit le climatoscepticisme.
Plus précisément, la conception du marché comme institution immuable traduisant l'ensemble de l'information à chaque instant sous la forme de prix à partir desquels des consommateurs rationnels prennent leurs décisions revient à postuler que la société peut spontanément et instantanément s'adapter à toute perturbation. Une fois effacés les immenses problèmes posés par l'adaptation, il n'est plus surprenant que les économistes ne voient dans le changement climatique qu'un épiphénomène. Le rapport Stern, pourtant dénoncé comme biaisé et trop pessimiste par une bonne partie de la profession, calcule ainsi que les dommages pour un réchauffement de 8°C s’élèveraient à 6% du PIB mondial (pour comparaison, la crise de 2008 a coûté aux États-Unis 10% de leur PIB). Et à cette sous-estimation chronique, il faut encore ajouter l'actualisation qui estompe irrémédiablement les dommages futurs.

Une nouvelle étape est franchie lorsque les économistes se lancent dans une analyse coût-bénéfice. Le changement climatique est alors vu comme un avatar de la question économique classique : vaut-il mieux dépenser maintenant ou plus tard ? Ce qui conduit à calculer un "réchauffement climatique optimal" avec des résultats proprement absurdes : le modèle proposé par Nordhaus mène, par exemple, à un réchauffement "optimal" de 6.2°C !
Lors du dernier maximum glaciaire, une calotte de glace recouvrait la moitié de l'hémisphère nord alors que la température n'était inférieure que d'environ 5°C à celle d'aujourd'hui : personne ne peut dire à quoi ressemblerait un monde réchauffé de 6°C. Mais enfermé dans l'illusion de connaissance que procurent ses équations, l'économiste, lui, aborde cette perspective avec optimisme et légèreté...


En conclusion


Avant de conclure son ouvrage, Antonin Pottier envoie une dernière pique au marché du carbone et au rêve d'un prix unique planétaire. Il y voit l'archétype des fausses solutions dans lesquels les économistes se complaisent sans aucun égard pour la réalité et ses nombreux écarts avec les modèles.

Au final, le réquisitoire est rude mais bien argumenté et plutôt accessible (quelques passages risquent cependant de vous paraître ardus si vous n'avez pas un bagage minimal en économie). Mais malheureusement ce n'est qu'un réquisitoire. Après presque 300 pages passés à abattre l'économie classique, l'auteur ne consacre que quelques lignes, en conclusion, à ses alternatives. Or la pensée, au moins autant que la nature, a horreur du vide : ce qui fait la puissance des idées dénoncées dans cet ouvrage, c'est en grande partie l'absence de discours économique concurrent. On peut regretter que M. Pottier ne consacre pas plus de temps à nous en donner quelques bases.

D'autres livres sur l'écologie, le développement durable ou l'énergie ? Consultez la bibliothèque !


Publié le 23 septembre 2016 par Thibault Laconde

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Monday, 11 January 2016

Nourrir la planète Quelques réflexions à un an de lexposition universelle de Milan


Logo de l'exposition universelle de Milan en 2015 "nourrir la panète"
Dans un an exactement, le 1er mai 2015, s'ouvrira l'exposition universelle de Milan. Son sujet ? "Nourrir la planète".

Je trouve le choix de ce sujet intéressant. Notre époque ne croit plus guère au progrès (en tant que mouvement général et irréversible de l'humanité vers un mieux) mais nous persévérons dans le culte de ses idoles : l'innovation et la technologie. Un sujet comme celui de l'expo de Dubaï en 2020 ("Connecter les esprits, Construire le futur") me semble beaucoup plus dans cet air du temps.
"Nourrir la planète", au contraire, sent bon le XVIIIe siècle, le terroir et les économistes en redingote.


Peut-on parler d'alimentation dans les mêmes termes qu'au XVIIIe siècle ?


Amis éditeurs, avez-vous pensé à faire paraitre au premier trimestre 2015 un recueil de textes choisis des physiocrates, de Malthus et des polémiques sur les Corn Laws ? Il y a là un profit facile : ces œuvres sont libres de droits depuis longtemps et je peux vous assurer que les débats que BFM-TV va passer en boucle dans un an n'iront pas au-delà de ces questions qui datent de deux siècles : La production agricole est-elle au fond la seule richesse que nous puissions créer ? L'augmentation de la population mondiale nous condamne-t-elle à la famine ? Doit-on protéger la production alimentaire nationale ?
Quand on connait les conditions dans lesquelles ces questions ont été posées (à l'époque de Malthus la ration alimentaire moyenne d'un anglais était inférieure à celle d'un homme du néolithique), il est presque incroyable qu'elles puissent sembler encore d'actualité aujourd'hui, alors que la moitié de l'humanité est menacée par la sur-nutrition et l'obésite.

Reste que le monde a connu encore en 2008 une crise alimentaire majeure et des émeutes de la faim. La pénurie et la famine sont bien des sujets d'actualité, peut-être même plus que nous le croyons. En ce début d'année 2014, les premier et second exportateurs mondiaux de riz (la Thaïlande et l’Égypte) sont en proies à des troubles politiques. Un exportateur important de blé, l'Ukraine, est au bord de la guerre civile et l'économie de la Russie (elle aussi grande exportatrice de céréales) vacille sous les sanctions occidentales.
Alors ? La production mondiale sera-t-elle suffisante pour satisfaire les besoins ?


Si on meurt de faim aujourd'hui, ce n'est pas faute de production...


En réalité la question n'est pas là. Selon la FAO, la production agricole mondiale permettrait de fournir 2700 calories par jour à chaque être humain alors que le besoin physiologique moyen est de 2000. Même si la population de la planète atteignait 11 milliards, ce qui semble être la limite haute fixée par les démographes, l'agriculture serait sans doute en mesure de satisfaire l'ensemble des besoins.
Comment dans ce cas expliquer que la malnutrition et les crises alimentaires persistent ?

Observons la crise alimentaire mondiale de 2008. Cette année-là, toujours selon la FAO, la production mondiale de blé a été  supérieure de 12% à celle de 2007, celle de riz a aussi augmenté de 4% et la production des autres céréales a dépassé de 6% les résultats de l'année précédente. Au niveau de la production, tous les indicateurs étaient donc au vert.
Le phénomène marquant de 2008 n'est pas un effondrement de la production mais un brusque envol des prix : après des décennies de relative stabilité, ils doublent en 6 mois.
Indice des prix agricoles de la FAO 1990-2014 : les crises alimentaires ne sont pas causées par de mauvaises récoltes mais par des cours trop élevés

Demande stable, production en nette hausse... et envol des prix. Cette situation peut paraitre paradoxale à ceux qui croient encore à l'efficience des marchés mais elle s'explique en réalité facilement. Au début de l'année 2008, des craintes sont apparues sur l'état des stocks et sur les récoltes à venir. Pour se prémunir contre un éventuel risque de pénurie, certains pays exportateurs ont limité leurs exportations et des pays importateurs parmi les plus solvables ont commencé à acheter à tout-va. Or les matières agricoles ont une spécificité : elles sont souvent consommées sur place, les volumes réellement disponibles à l'exportation sont faibles (de l'ordre de 5% de la production) et le marché est donc facile à déstabiliser. Résultat : même si les craintes étaient injustifiées, les cours se sont envolés.


...Le problème est au niveau de la répartition


Dans de nombreux pays d'Afrique et d'Asie, il n'est pas rare de consacrer 50% des revenus à l'alimentation. Inutile de faire des calculs compliqués pour comprendre que si vous dépensez la moitié de votre salaire pour vous nourrir et que les prix doublent vous allez avoir du mal à vous en sortir...
La cause de la crise alimentaire de 2008 n'est donc pas une production agricole insuffisante mais des prix trop élevés qui rendent une production abondante inaccessible aux consommateurs. Le problème n'est pas agricole mais économique et social.

Ce constat est général : les causes disettes ont toujours été en partie économiques même si des facteurs environnementaux peuvent faire figure de déclencheurs (souvenez-vous par exemple de la guerre des farines de 1776).
Aujourd'hui, la production agricole mondiale est largement excédentaire et il est possible de prévoir, notamment grâce à l'imagerie satellite la date et le volume des récoltes des mois à l'avance. Les moyens de transports existant permettent d'acheminer sans problèmes les excédents des régions favorisées vers celles qui sont dans le besoin. Le chainon le plus fragile est le dernier : celui du pouvoir d'achat du consommateur. La malnutrition contemporaine peut donc être considérée comme un phénomène exclusivement économique.


"Nourrir la planète" est d'abord un problème économique et social


Il est bon d'avoir cette réalité à l'esprit lorsque l'on parle de "nourrir la planète". En effet les bonnes âmes des multinationales de la semence et de l'agro-industrie n'hésitent pas à s'appuyer sur la persistance de la malnutrition pour défendre leurs modèles d'agriculture intensive basée sur l'emploi massif de fertilisants, de pesticides et maintenant d'organismes génétiquement modifiés. Il y a fort à parier que ce discours sera en bonne place lors de l'exposition universelle de Milan.
La réalité est inverse : les crises alimentaires sont causées par une répartitions inefficace des richesses, que ces firmes ne font qu'amplifier en captant la valeur produite par l'agriculture au détriment du producteur et du consommateur.

"Pour nourrir la planète, il faut moins d'inégalités, pas plus de technologie."




Ce n'est pas d'engrais et d'OGM dont les pays touchés par les pénuries agricoles ont besoin mais de coopératives capables d'assurer le transport et la mise en valeur locale de la production, d'installations de stockage pour ne plus subir les cours, d'accès au crédit pour financer ces investissements...
Et du coté des consommateurs, les réponses sont plus à rechercher dans le développement économique et la protection sociale que dans un modèle alimentaire occidental en faillite.

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Wednesday, 16 December 2015

Visitez les centrales solaires les plus remarquables de la planète avec Google Maps


Comme la plupart des infrastructures énergétiques, les grandes centrales solaires sont visibles du ciel. Classées monument historique ou en cours de réalisation, immenses ou très modestes, classiques ou innovantes... Cliquez sur les noms des installations dans l'article pour voir la centrale correspondante ou bien naviguez sur la carte :


Voir cette carte en plein écran

Les Tours solaires

Energie et développement : THEMIS projet français précurseur des tours solairesTHEMIS (France) est l'une des toutes premières centrales solaires à concentration. La production d'électricité (2MW) a commencé en 1983 mais n'a pas survécu à la baisse du prix du pétrole et au développement du nucléaire. Un programme de réhabilitation est en cours depuis 2003.
Font-Romeu a longtemps été la capitale française de la recherche en matière d'énergie solaire : à 3 kilomètres à l'est de THEMIS se trouve le four solaire d'Odeillo, le plus grand du monde. Inauguré en 1970, il est aujourd'hui classé monument historique (bien qu'il soit toujours en service).

PS10 et PS20 (Espagne) doivent beaucoup à l'expérience française. Inaugurée en 2008, PS10 ("Planta Solar 10MW") a été la première centrale commerciale à exploiter le principe de la "tour solaire" exploré 25 ans plus tôt par THEMIS : des miroirs mobiles concentrent les rayons du soleil sur un foyer situé en haut d'une tour, la chaleur produite est stockée. Comme dans une centrale thermique ordinaire - à gaz ou à charbon, elle sert ensuite à générer de la vapeur qui entraine une turbine..
PS20, située juste à coté,  est la plus puissante tour solaire actuellement en service, mais des projets similaires, en voie d’achèvement aux États-Unis, vont sans doute remettre en cause la suprématie européenne sur cette technologie.


Les centrales à miroirs cylindro-paraboliques


Shams (Emirats Arabes Unis) doit être mise en service début 2013. Il s'agit d'une centrale à miroirs cylindro-paraboliques : des miroirs en forme d'auges concentrent les rayons du soleil sur un tuyau dans lequel circule un fluide. Celui-ci est ensuite utilisé pour produire de la vapeur et activer une turbine. Cette technologie est aujourd'hui la plus courante pour les grandes centrales solaires.
Avec une puissance de 100MW, la centrale de Shams ("soleil" en arabe) sera la plus puissante centrale à miroirs cylindro-paraboliques au monde.

Des miroirs cylindro-paraboliques appartenant à une
centrale du SEGS dans le désert de Mojave

Harper Lake (Etats-Unis) accueille 2 unités de 80MW utilisant la même technologie. Chaque unité recouvre 500.000m². Sept autres centrales se trouvent dans le désert de Mojave, l'ensemble forme le Solar Energy Generating System (SEGS), la plus puissante installation solaire au monde, toutes technologies confondues.


Les centrales solaires photovoltaïques


Charanka Solar Park (Inde) a été inauguré en avril 2012, ce parc est est actuellement le second  au monde (derrière Agua Caliente aux États-Unis et devant Golmud en Chine). Fin 2014, le site devrait atteindre 500MW sur 2000 hectares et devenir la plus puissante centrale photovoltaïque au monde.

Kigali Solaire (Rwanda) se trouve à l'autre extrême. La modeste centrale photovoltaïque de la capitale Rwandaise (250kW) n'a rien de remarquable, si ce n'est qu'elle est la plus grande du contient...
Malgré un potentiel très élevé, l'énergie solaire est encore peu développée en Afrique. Cependant des projets existent : Aiwiaso au Ghana (155MW en 2015), Desertec... Sans parler de le diffusion progressive de petites installations photovoltaïques qui se substituent à une électrification toujours en panne.

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Crédit photo : Alan Radecki Akradecki [GFDL or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0], via Wikimedia Commons

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